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OGM - 10-00 |
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Les
OGM sont l'affaire de tous et pas seulement celle d'une
poignée d'irréductibles gaulois !
Pour interpeller un milieu sportif soucieux de
son alimentation, nous avons fait appel à Anne BRIAND, chp.
olympique de biathlon, intarissable sur le sujet. Après un
DUT sport/nutrition et un passage à l'INRA, Anne termine un
livre sur la biotechnologie végétale. |
Faut-il
les craindre OGM ?
Les organismes génétiquement modifiés (OGM) sont des
organismes (animaux, végétaux, bactéries) dont le génome
a été modifié par manipulation des gènes. Le plus
souvent il s’agit de l’addition d’un nouveau gène que
l’on introduit pour conférer certaines caractéristiques
à l’organisme receveur. Les biologistes moléculaires qui
pratiquent ces techniques affirment souvent qu’elles sont
très sûres et particulièrement précises (on sait
exactement la nature du gène qu’on introduit
contrairement aux croisements traditionnels qui induisent un
brassage aléatoire de plusieurs gènes). Cependant, en l’état
actuel des connaissances d’énormes incertitudes demeurent
sur les perturbations subies par le génome receveur suite
à la transgénèse (= transfert du gène étranger).
Effectivement on ne connaît absolument pas le lieu où le
nouveau gène va prendre place et on ignore donc toutes les
conséquences qui peuvent en résulter. Par exemple le
nouveau gène peut s’introduire dans la séquence d’un gène
essentiel et en supprimer l’expression ; il peut
aussi déclencher l’expression d’un gène jusque là
silencieux avec comme résultat la synthèse d’une
nouvelle substance pouvant s’avérer toxique.
Consommation et santé publique
Pour les consommateurs des plantes transgéniques les
risques potentiels sont de plusieurs ordres. D’un côté
il y a les effets secondaires de la transgénèse évoqués
ci-dessus. Ce genre de risque pourrait théoriquement être
évité grâce aux tests effectués avant la mise sur le
marché, mais il faudrait alors que l’on sache quelles
perturbations rechercher (ce qui est loin d’être évident
puisqu’on ne sait pas grand chose des perturbations
induites). Il y a ensuite des risques allergiques car les
nouveaux gènes induisent la formation de nouvelles protéines
auxquelles les consommateurs n’ont pas l’habitude d’être
confrontés et qui pourront donc éventuellement entraîner
des réactions (une étude du York Nutritional Laboratory de
mars 99 mentionne une augmentation de 50% des allergies au
soja… Apparemment le seul facteur qui a pu changer est
l’arrivée du soja transgénique sur le marché). Avec les
plantes transgéniques développées actuellement
(essentiellement du soja tolérant les herbicides et du maïs
résistant à son insecte ravageur la pyrale) il y a une
grave menace d’augmenter l’ingestion des résidus de
pesticides. En effet le soja transgénique est conçu pour résister
à un herbicide qui normalement le détruit : il
contient donc des molécules de cet herbicide. De même le
maïs transgénique sécrète un insecticide que l’on va
ingérer. Le problème avec les résidus de pesticides,
c’est que les effets secondaires indésirables pour la
santé (perturbations hormonales, actions mutagènes
induisant des cancers) sont longs à se révéler : il
s’écoule souvent plusieurs années avant que la maladie résultant
d’une exposition chronique à de faibles doses, se déclare.
OGM et antibiotiques
Enfin, pour des raisons purement techniques la transgénèse
utilise des " gènes marqueurs " qui ne
sont autres que des gènes de résistance aux antibiotiques
empruntés aux bactéries. Or, à l’heure actuelle de
nombreux spécialistes s’inquiètent du fait que la
plupart des microbes deviennent résistants aux
antibiotiques censés les détruire. Ils pensent à la
menace que la perte d’efficacité des antibiotiques ferait
peser sur la santé publique (il faut s’avoir qu’on ne
connaît rien d’autre pour combattre les bactéries pathogènes).
Ces spécialistes dénoncent donc l’utilisation comme
marqueurs, des gènes de résistance aux antibiotiques car
ils craignent que cette pratique contribue à augmenter
l’acquisition de la résistance par les bactéries. Ils
pensent que même si la contribution des OGM à ce phénomène
inquiétant est minime il est imprudent de prendre un risque
supplémentaire.
OGM : Les colonisateurs
Au niveau de l’environnement les risques sont liés à
l’impossibilité de " séquestrer "
les gènes étrangers à la seule plante modifiée. Comme
les plantes disséminent leur pollen, il en va de même pour
les transgènes qui vont se retrouver un peu partout dans la
nature (en fonction du vent, des insectes
pollinisateurs…). On ne sait pas trop toutes les conséquences
pouvant résulter de cette " fuite " des
gènes, par contre on ne peut ignorer que cette " pollution
génétique " est irréversible. A long terme l’équilibre
des écosystèmes risque d’être fortement perturbé et
des effets indésirables sur la faune peuvent s’exprimer
(par exemple il a été montré que les papillons Monarque
souffraient lorsqu’ils butinaient du maïs transgénique).
Au niveau agronomique c’est un véritable " casse
tête " car des parcelles voisines peuvent échanger
des gènes (via le pollen) et ceci peut entraîner des
situations problématiques : un agriculteur biologique
qui est obligé de produire sans OGM peut se retrouver
" contaminé " par la culture transgénique
d’un voisin ; les résistances aux herbicides peuvent
se transmettre à des mauvaises herbes qui devenant résistantes
ne peuvent plus être éliminées. Enfin, à plus ou moins
long terme les ravageurs contre lesquels on souhaite lutter
(pyrale) peuvent devenir résistants. Ceci est un phénomène
courant avec toutes les molécules chimiques
traditionnellement utilisées dans la lutte contre les
ravageurs mais qui risque d’être plus précoce avec les
plantes transgéniques en raison des modalités de sécrétion
de l’insecticide par celles-ci.
On récolte se que l'on sème
Au niveau socio-économique les OGM expriment l’avènement
des multinationales avec une concentration sans précédent
du pouvoir aux mains d’une poignée de puissances. Ceci
parce que les plantes transgéniques font l’objet de
brevets et que les paysans du monde entier risquent de se
retrouver complètement assujettis : ils seront obligés
d’acheter chaque année les semences brevetées et on leur
interdira de " ressemer " les grains récoltés.
Or il faut savoir que cette pratique
ancestrale (qui correspond à la production à moindre coût
des semences par l’agriculteur lui-même) permet la survie
d’une grande partie de la population spécialement dans
les pays en voie de développement. D’une manière plus générale
la façon dont les OGM sont imposés par les
multinationales, traduit de graves cassures dans le
fonctionnement même des démocraties.
Enfin, le débat au niveau éthique
est loin d’être complet. A t-on le droit de s’aventurer
ainsi dans le " bricolage " du vivant ?
Pour tous ceux qui veulent réagir
contre ce phénomène et s’inscrire dans le mouvement
citoyen qui renonce à se laisser dicter ses choix par la
dictature économique, il existe de petits moyens
quotidiens. Les actes d’achat en font partie et ils
peuvent d’ailleurs être suffisamment efficaces pour
constituer un blocage. Greenpeace fait régulièrement paraître
la liste des produits alimentaires qui contiennent ou non
des OGM (voir liste noire/liste blanche sur www.greenpeace.fr).
La BIO : une alternative
Les aliments issus de l’agriculture biologique devraient
normalement être plus sains puisque leur mode de production
exclut les produits chimiques. Ils devraient aussi être
plus riches au niveau nutritionnel (équilibre en minéraux
et oligo-éléments) car en respectant mieux les équilibres
naturels du sol, les plantes trouvent un substrat
logiquement plus équilibré. Cependant on ne peut ignorer
que la pollution de l’air, des sols et de l’eau est
aujourd’hui omniprésente et qu’il est donc utopique de
croire qu’il est possible d’avoir des aliments avec zéro
résidus. Tous les pesticides pulvérisés dans le monde se
retrouvent en suspension dans l’air et contaminent
d’autres cultures que celles où ils ont été appliqués,
de même que les fumées s’échappant des incinérateurs
et contenant des dioxines (puissant cancérigène) polluent
les sols dans un rayon de 5 kms autour de la cheminée, ou
encore que le maïs transgénique d’un agriculteur
conventionnel peut contaminer un champ de maïs biologique.
Ce qui est surtout important à mon avis c’est de soutenir
l’agriculture biologique pour son action bénéfique pour
l’environnement (diminution de la charge polluante).
Lorsque l’on achète du bio (dans les limites de ses
possibilités financières) on encourage aussi des petits
producteurs respectueux de la terre, on s’inscrit dans une
logique économique à dimension humaine (préférence donnée
à la production locale et aux circuits de distribution
courts par opposition aux produits " sans âme "
de l’industrie agro-alimentaire). Toutefois, il existe
aussi des dérives en bio, avec des producteurs peu
scrupuleux qui flairant le filon lucratif font de la bio au
rabais et ne partagent en tout cas pas les principes éthiques
fondateurs de ce mouvement. Sur le plan de la santé le plus
important demeure toujours de respecter les grands équilibres
et de faire la part belle aux fruits et légumes avant de
faire le choix de la bio.
Anne
Briand - bouth@wanadoo.fr
- 10-00
Sélection de
quelques ressources :
Aliments
avec et sans OGM
Liste à télécharger ( format pdf-49ko) des aliments avec
et sans OGM (par Green peace)

Libe.fr
Tout sur les OGM

Vegebionet
Vegebionet, site écolo et militant ne mache pas
ses mots sans forcément donner toutes les clés pour
comprendre.
OGM et
consommateurs
Dossier très complet qui a choisi son camp sans le
dire.
OGM.org
Ici les OGM sont «une clef pour
l'avenir».

INRA
L'Institut
National de Recherche en Agronomie a constitué en 1998 un
dossier sur les OGM à partir de nombreux articles
scientifiques, entre fascination et prudence.
Bibilographie
:
"Le monde n'est pas une marchandise" ; "des
paysans contre la malbouffe" de José Bové et François
Dufour. Edition "la découverte".

"Les aliments transgéniques" de Jean-Marie Pelt
(Fayard)

"Aliments transgéniques :
des craintes révélatrices" (Charles-Léopold Mayer) |
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